mercredi 22 septembre 2010

3 jours en Roumanie

J'ai peu de temps, mais j'ai vraiment envie d'écrire quelques lignes à propos de ces trois jours en Roumanie.

"Vos papiers s'il vous plaît. Pourquoi venez-vous en Roumanie", il jette un coup d'oeil sur le vélo avec un regard qui comprend pas bien ce qui se passe. "Je voyage en vélo jusqu'en Jordanie m'sieur, je ne fais que traverser la Roumanie". Le type rigole, il me prend pour un dingue. "Vas-y ... et bon voyage ptiot !!!!". La frontière est passée, le soleil brille plein pot, la route est en parfait état (bizarrement), tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Je file à toute vitesse avec un sourire de 10km accroché au visage.

La Roumanie ne perd pas de temps pour te rappeler que tu n'es plus en France. Après 10 000 chiens écrasés le long de la route, je crois que j'ai arrêté de compter. Dans tous les états : tout frais avec la boyasse sur le bitume, demi-sec ou encore affiné 12 mois, y en a pour tous les goûts.
Je continue ma route et j'atteins une première ville. J'ai vraiment cru rentrer dans un ville Western 2.0, des chevaux, des Dacia, du sable sur le bord de la route, le soleil brûlant, une grosse banque, les ptits vieux assis sur des bancs qui regardent les gens passer sous leurs grands chapeaux. Le village entier s'est retourné pour me regarder passer, je dois dire que je ne me sentais pas très à l'aise. Je continue, je roule, je roule. L entrée dans la ville suivante a encore réservé d'autres surprises. J'arrive au col d'une petite colline et la vue sur l'autre versant m'a réellement fait peur. Je suis tombé nez à nez avec un groupe de Roms qui traînait dans leur village. Pieds nus dans la boue, des feux à côté des maisons, les gamins qui jouent avec des chiens maigres et sales, des regards qui te découpent en morceaux, un bras d'honneur pour t'accueillir, un chien qui te court après. J'avale ma salive, j'ai vraiment du mal à croire ce que je vois, ça me fait froid dans le dos. Oui oui je suis toujours en Europe.
Les films de Tony Gatlif sont bien jolis mais il manque les odeurs et les insultes. Impossible de prendre une photo, impossible de s'arrêter, ici le mot touriste n'existe pas, tu passes et tu baisses les yeux. Un vélo c'est normalement lent mais dans ce genre de situation ça avance nettement plus vite, allez savoir pourquoi.

Un peu plus tard, quand je me suis remis de mes émotions, je demande de l'eau à un homme posé sur son banc au bord de la route. On parle seulement deux minutes en anglais français roumain et il me propose déjà de manger quelque chose. Ce n'est même pas la peine d'essayer de refuser, il t'embarquerait de force chez lui. Je mange des tomates, des piments, du lard dans de l'omelette, je bois du vin et de la gnôle. Tout ça est issu du jardin. Comme il voit que je suis ravi et impressionné par la qualité de tout ce que je mange, il me fait faire un tour du jardin et de la cour. On va voir les cochons, les poules, le chien, le cheval (il est très fier de me montrer la carriole qui va avec) et le meilleur pour la fin (faim) : LA vache. Il prend un sceau et commence à tirer le lait de la vache puis il me propose de continuer. Je ne suis pas très efficace mais je me débrouille, pour une première c'est pas mal, il me dit. Je bois un verre de lait avec les gamins et il me propose de rester ici ce soir. Il me dit qu'il fait froid la nuit et qu'il se doit de m'héberger cette nuit. Je me rends compte cette fois que la politesse à la française, vous savez le : "non, vraiment ça me dérange, je ne peux pas rester, je ne veux pas vous importuner, tout ça, tout ça...", pour eux c'est lourd. On te propose, tu restes si tu veux, tu t en vas si tu préfères. Moi, la main sur le coeur, eux, le coeur sur la main : je décide de rester ici ce soir, je suis tombé amoureux de cette petite maison avec toute cette vie. Je mange encore un peu de Zakusca (orthographe à revoir), on discute pas mal de temps avec le peu de vocabulaire que l'on a en commun, il veut à tout prix savoir mon impression à propos de la Roumanie. Il insiste pour que je comprenne que les Roumains et les Roms sont des gens différents, malgré tout, il m'explique qu'il les respecte. Il me dit de les respecter aussi en France même s'ils ne sont pas toujours commodes. Après avoir fait un feu dans un poêle à bois, je peux prendre un bain chaud avec plein de mousse dans une mini piscine, excellent! Je regarde un peu la TV avec Maria et je vais me coucher à 20h30 !!!!! Neeeeeeew Record !

Le lendemain, je me lève à 7 heure, le soleil s'est encore réveillé avant moi. Du lard et une tartine de zakusca pour le ptit déj et je suis parti. Je roule 136km, je ne peux pas m'arrêter tellement j'en prends plein les yeux. Je suis en plein milieu des montagnes, je fais la course avec les chevaux dans les montées, je discute avec des gamins en espagnol, un paysage magnifique défile sous mes roues. Les titres des films de Gatlif sont bien trouvés : Liberté, Transylvania, Gadjio Dilo, Exils. I can feel it right NOW!

J'arrive ensuite à Cluj Napoca chez les amis d'Ana Maria et je reçois un accueil très chaleureux. Aujourdhui, je me repose un peu ici, je traîne en ville. On passe toute l'après-midi à discuter, je me sens bien, tout simplement.
Demain je mets le cap sur Sibiu. Brasov, les big montagnes, la Moldavie (Roumanie) et le Delta du Danube pour les 10 jours à venir.

La revedere

2 commentaires:

  1. J'ai bien regardé la carte et je vois exactement où tu es
    et quelles sont les prochaines étapes
    à peu prés
    la vie est faite de rencontres, dirait-on, différentes, très différentes
    les photographies sont surprenantes
    la vie vue à vélo
    continue bien

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  2. Qu'est ce que je me sens timoré à te lire , autre époque certes mais quand même ! Tu es un vrai aventurier , "staîle Bob Morane" , mais sans avion !Le mot qui me vient en premier ,c'est le mot rencontre , c'pas ? Ca va en faire à reconter vaux Champs Perdrix ,aux petis zonards de la FOuche !
    Allez bonne route .André

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